De multiples études scientifiques établissent l’efficacité de la Psychothérapie Interpersonnelle (TIP) sur plusieurs troubles psychiatriques. Dans cet article, nous nous proposons de passer en revue les preuves récentes en faveur de l’efficacité de la TIP sur l’Episode Dépressif Caractérisé, le Trouble du Comportement Alimentaire (en particulier la boulimie) et sur la bipolarité. Nous préciserons quelques données épidémiologiques, puis nous décrirons les symptômes du trouble psychiatrique envisagé et nous détaillerons les preuves scientifiques établissant l’efficacité des TIP pour ce trouble.
Épisode Dépressif Caractérisé (dépression)
Épidémiologie
Le Trouble Dépressif Caractérisé touche tous les âges de la vie. Il concerne environ 15 à 20 % de la population générale, sur la vie entière. Il se présente comme une succession d’épisodes dépressifs caractérisés, se traduisant par de nombreux symptômes et entraînant un retentissement majeur sur la vie du patient et sur les relations avec son entourage. S’ils se pérennisent, les symptômes liés à la dépression vont avoir des répercussions importantes sur le plan socioprofessionnel. Le risque de suicide est particulièrement élevé et concerne 10 à 20% de ces patients.
De plus, une personne sur cinq a souffert ou souffrira d’une dépression au cours de sa vie. Il s’agit d’une maladie potentiellement mortelle puisque 5 à 20% des patients se suicident. Mais fort heureusement, les traitements proposés sont efficaces dans 70% des cas.
Depuis l’apparition de la COVID-19, la prévalence des épisodes dépressifs a augmenté en France (Léon, Du Roscoät & Beck, 2023). Selon ces auteurs, la tendance a connu une accélération sans précédent entre 2017 et 2021, en particulier chez les jeunes adultes. Le stress causé par la maladie de la Covid-19 et les restrictions imposées pour la contrôler apparaissent comme l’une des principales hypothèses explicatives de cette hausse.
Symptomatologie
L’épisode dépressif caractérisé (EDC) se manifeste par :
- une humeur dépressive,
- une perte de plaisir et d’intérêt (anhédonie),
- des troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie),
- un ralentissement psychomoteur,
- une baisse d’énergie ou une fatigue persistante (asthénie),
- un sentiment de culpabilité excessif,
- un manque de confiance en soi et d’estime de soi,
- des difficultés à maintenir son attention sur une tâche,
- Idéation suicidaire.
Preuves d’efficacité de la TIP sur l’EDC
Plusieurs études établissent l’efficacité de la TIP sur l’EDC (relevé non exhaustif) :
- La méta-analyse de Barth (2013) montre que lorsque l’on s’intéresse aux études incluant le plus de sujets, la thérapie cognitivo- comportementale (TCC), la psychothérapie interpersonnelle (TIP) et la thérapie de résolution de problèmes ont des effets plus robustes par rapport à la thérapie psychodynamique, le counseling de soutien et l’activation comportementale.
- L’étude de Eklebad (2016) s’intéressait à 90 patients souffrant d’un ED. 48 reçoivent les TCC comme traitement tandis que l’autre moitié reçoit la TIP. L’efficacité des TIP n’est pas inférieure aux TCC. De plus, les patients ayant reçu les TCC abandonnaient davantage que ceux ayant reçu la TIP, ce qui indique que les TCC peuvent être perçues comme trop exigeantes.
- L’étude de Lemmens et al. (2020) montre que les patients dépressifs qui ont reçu la TIP comme traitement ne sont pas plus susceptibles de rechuter après la fin du traitement par rapport aux patients qui ont été traités avec la thérapie cognitive.
- Concernant les adolescents dépressifs, une méta-analyse de Duffy, Sharpe et Schwannauer (2019) montre que la TIP est un traitement efficace sur les adolescents présentant des symptômes dépressifs. L’efficacité de la TIP est supérieure par rapport à celle des interventions moins structurées et est similaire à celle des TCC.
- L’étude de Wang et al. (2023) a montré que la TIP pourrait améliorer la symptomatologie dépressive chez les patientes souffrant de dépression post-partum. La durée appropriée de la TIP devrait être de 4 à 8 semaines et elle améliore aussi les liens avec la famille des patients.
- Selon Bian et al. (2023), la TIP a un effet significatif sur l’amélioration du fonctionnement social et la réduction de la symptomatologie anxiodépressive. Pour ces chercheurs, la TIP est une thérapie efficace pour traiter l’épisode dépressif de l’adulte.
- La TIP est recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé dans le but de traiter l’EDC : « En fonction de la gravité et du schéma des épisodes dépressifs dans le temps, les prestataires de soins peuvent proposer des traitements psychologiques comme l’activation comportementale, la thérapie cognitive et comportementale et la psychothérapie interpersonnelle, et/ou des médicaments antidépresseurs tels que les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine et les antidépresseurs tricycliques » (OMS, 2017).
Bibliographie :
- Barth, J., Munder, T., Gerger, H., Nüesch, E., Trelle, S., Znoj, H., Jüni, & Cuijpers, P. (2016). Comparative Efficacy of Seven Psychotherapeutic Interventions for Patients with Depression: A Network Meta-Analysis. Focus, 14 (2).
- Bian, C., Zhao, W. W., Yan, S. R., Chen, S. Y., Cheng, Y., & Zhang, Y. H. (2023). Effect of interpersonal psychotherapy on social functioning, overall functioning and negative emotions for depression: A meta-analysis. Journal of affective disorders, 320, 230–240.
- Duffy, F., Sharpe, H., & Schwannauer, M. (2019). Review: The effectiveness of interpersonal psychotherapy for adolescents with depression – a systematic review and meta-analysis. Child and adolescent mental health, 24(4), 307–317.
- Ekeblad, A., Falkenström, F., Andersson, G., Vestberg, R., & Holmqvist, R. (2016). Randomized Trial of Interpersonal Psychotherapy and Cognitive Behavioral Therapy for Major Depressive Disorder in a Community-Based Psychiatric Outpatient Clinic. Depression and anxiety, 33(12), 1090–1098.
- Lemmens, L. H. J. M., Galindo-Garre, F., Arntz, A., Peeters, F., Hollon, S. D., DeRubeis, R. J., & Huibers, M. J. H. (2017). Exploring mechanisms of change in cognitive therapy and interpersonal psychotherapy for adult depression. Behaviour research and therapy, 94, 81–92.
- Organisation Mondiale de la Santé : la dépression (2017). Aide-mémoire N°369, disponible sur https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/depression
- Wang, X., Qiu, Q., Shen, Z., Yang, S., & Shen, X. (2023). A systematic review of interpersonal psychotherapy for postpartum depression. Journal of affective disorders, 339, 823–831.
Troubles du Comportement Alimentaire – Boulimie & Hyperphagie
Épidémiologie
Selon la Haute Autorité de Santé (2019), la boulimie, l’hyperphagie boulimique et leurs formes partielles débutent le plus souvent à l’adolescence et au début de l’âge adulte. La boulimie touche environ 1.5% des 11-20 ans et concerne environ trois jeunes filles pour un garçon. L’hyperphagie boulimique est plus fréquente (3 à 5% de la population). Elle touche presque autant les hommes que les femmes et est plus souvent diagnostiquée à l’âge adulte.
Critères diagnostiques de la boulimie
Selon le DSM-5, la boulimie se caractérise par cinq critères :
- Survenue récurrente de crises de boulimie.
- Comportements compensatoires inappropriés et récurrents visant à prévenir la prise de poids, tels que : vomissements provoqués, emploi abusif de laxatifs, diurétiques, lavements ou autres médicaments, jeûne, exercice physique excessif.
- Les crises de boulimie et les comportements compensatoires inappropriés surviennent tous deux, en moyenne, au moins 2 fois par semaine pendant 3 mois.
- L’estime de soi est influencée de manière excessive par le poids et la forme corporelle.
- Le trouble ne survient pas exclusivement pendant des épisodes d’anorexie mentale.
Degrés de sévérité :
- Léger : Une moyenne de 1 à 3 épisodes de comportements compensatoires inappropriés par semaine.
- Modéré : Une moyenne de 4 à 7 épisodes de comportements compensatoires inappropriés par semaine.
- Sévère : Une moyenne de 8 à 13 épisodes de comportements compensatoires inappropriés par semaine.
- Extrême : Une moyenne de 14 épisodes ou plus de comportements compensatoires inappropriés par semaine.
Critères diagnostiques de l’hyperphagie
Selon le DSM-5, l’accès hyperphagique se caractérise par cinq critères :
- Survenue récurrente de crise de boulimie : absorption en une période de temps limitée (< 2 heures), d’une quantité de nourriture largement supérieure à ce que la plupart des personnes absorberaient en une période de temps similaire et dans les mêmes circonstances + sentiment d’une perte de contrôle sur le comportement alimentaire.
- Manger beaucoup plus rapidement que la normale / Manger jusqu’à éprouver une sensation pénible de distension abdominale / Manger de grandes quantités de nourritures en l’absence d’une sensation physique de faim / Manger seul parce que l’on est gêné de la quantité de nourriture que l’on absorbe / Se sentir dégouté de soi-même, déprimé ou très coupable après avoir mangé.
- Le comportement boulimique est source d’une souffrance marquée.
- Le comportement boulimique survient, en moyenne, au moins 1 jour par semaine pendant 6 mois.
- Le comportement boulimique n’est pas associé au recours régulier à des comportements compensatoires inappropriés et ne survient pas au cours d’une anorexie mentale ou d’une boulimie.
Degrés de sévérité :
- Léger : 1-3 accès hyperphagiques par semaine.
- Moyen : 4-7 accès hyperphagiques par semaine. Grave : 8-13 accès hyperphagiques par semaine.
- Extrême : > 14 accès hyperphagiques par semaine.
Preuves d’efficacité de la TIP sur la boulimie et sur l’hyperphagie
Soulignons tout d’abord et de manière générale que la TIP a montré son efficacité sur les Troubles de Comportement Alimentaire (Miniati et al., 2018).
Plus précisément et selon les types de TCA, la TIP reste efficace mais de manière contrastée :
- Accès hyperphagiques : L’étude de Iacovino et al. (2012) compare l’efficacité des Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC), la TIP et la Thérapie Comportementale Dialectique (une prise en charge comportementale basée sur la perte de poids) sur ce trouble. La recherche appuie l’efficacité de la TCC et de la TIP pour le traitement de l’accès hyperphagique, en particulier pour les personnes ayant un trouble alimentaire plus sévère et une psychopathologie générale.
- Boulimie : Les études de Fairburn et al. (1991) et celle plus récente d’Agras et al. (2000) indiquent que la TCC est plus efficace par rapport à la TIP à la fin du traitement. Cependant ces études montrent que 8 à 12 mois après la fin de la psychothérapie, les deux traitements sont équivalents.
- Anorexie : l’étude de McIntosh et al. (2005) compare l’efficacité des TCC et de la TIP par rapport à la gestion clinique non spécifique (condition contrôle) : elle montre que la prise en charge clinique par un spécialiste est supérieure à la TIP tandis que les TCC sont intermédiaires, ni pires que la condition dite contrôle ni meilleures que la TIP. Concernant les femmes qui suivaient la thérapie, la prise en charge clinique non spécifique est supérieure aux deux thérapies spécialisées.
- Elle est de plus recommandée par la Haute Autorité de Santé pour le traitement de l’hyperphagie et de la boulimie : « La thérapie interpersonnelle est une option thérapeutique recommandée dans la prise en charge de la boulimie (grade B). La thérapie interpersonnelle est une option thérapeutique recommandée dans la prise en charge de l’hyperphagie boulimique (grade B) » (HAS, 2019, p. 23). Le grade B renvoie à une présomption scientifique tandis que le grade A renvoie à une preuve scientifique établie.
La TIP est donc une psychothérapie recommandée par la littérature scientifique internationale pour traiter les TCA.
Bibliographie
- Agras, W. S., Walsh, T., Fairburn, C. G., Wilson, G. T., & Kraemer, H. C. (2000). A multicenter comparison of cognitive-behavioral therapy and interpersonal psychotherapy for bulimia nervosa. Archives of general psychiatry, 57(5), 459–466.
- Fairburn, C. G., Jones, R., Peveler, R. C., Carr, S. J., Solomon, R. A., O’Connor, M. E., Burton, J., & Hope, R. A. (1991). Three psychological treatments for bulimia nervosa. A comparative trial. Archives of general psychiatry, 48(5), 463–469.
- Haute Autorité de Santé (2019). Recommandations de Bonnes Pratiques – Boulimie et hyperphagie boulimique Repérage et éléments généraux de prise en charge Méthode Recommandations pour la pratique clinique.
- Iacovino, J. M., Gredysa, D. M., Altman, M., & Wilfley, D. E. (2012). Psychological treatments for binge eating disorder. Current psychiatry reports, 14(4), 432–446.
- McIntosh, V. V., Jordan, J., Carter, F. A., Luty, S. E., McKenzie, J. M., Bulik, C. M., Frampton, C. M., & Joyce, P. R. (2005). Three psychotherapies for anorexia nervosa: a randomized, controlled trial. The American journal of psychiatry, 162(4), 741–747.
- Miniati, M., Callari, A., Maglio, A., & Calugi, S. (2018). Interpersonal psychotherapy for eating disorders: current perspectives. Psychology research and behavior management, 11, 353–369.
La bipolarité de type 1 ou de type 2 – Trouble de l’humeur
Épidémiologie
Le trouble bipolaire concerne à peu près 1 à 3% de la population en France. Ce pourcentage est beaucoup plus élevé (3 à 6.5%) si les formes à expression atténuée sont prises en compte. Il s’agit d’un problème de santé publique majeur (Gay & Colombani, 2013). Selon la Haute Autorité de Santé, 1 malade sur 2 fera au moins une tentative de suicide dans sa vie et 15 % décèderont par suicide.
La bipolarité dans toutes ses formes a des incidences sur le patient qui en souffre et aussi sur son entourage. Il représente un risque majeur de désocialisation et expose fréquemment le patient à la justice (conduite en état d’ivresse, consommation de stupéfiants etc.)
DSM 5. Critères diagnostiques du trouble bipolaire de type I (épisode maniaque)
Les critères diagnostiques de l’épisode maniaque ont été respectés pour au moins un épisode maniaque.
L’occurrence d’un épisode maniaque et d’un épisode dépressif majeur n’est pas mieux expliquée par un trouble schizoaffectif, une schizophrénie, un trouble schizophréniforme, un trouble délirant, ou par un autre trouble psychotique.
L’épisode maniaque peut avoir été précédé et suivi par un épisode hypomaniaque ou par un épisode dépressif caractérisé.
Détresse cliniquement significative ou une détérioration des activités sociales, du fonctionnement professionnel, ou dans d’autres domaines importants de fonctionnement.
DSM 5. Critères diagnostiques du trouble bipolaire de type II (épisode hypomaniaque)
Les critères diagnostiques de l’épisode hypomaniaque ont été respectés pour au moins un épisode hypomaniaque associé à au moins un épisode dépressif.
Il n’y a jamais eu d’épisode maniaque.
L’occurrence d’un épisode hypomaniaque et d’un épisode dépressif majeur n’est pas mieux expliquée par un trouble schizoaffectif, une schizophrénie, un trouble schizophréniforme, un trouble délirant, ou par un autre trouble psychotique.
Détresse cliniquement significative ou une détérioration des activités sociales, du fonctionnement professionnel, ou dans d’autres domaines importants de fonctionnement.
Critères diagnostiques d’un épisode maniaque
Un épisode maniaque est défini comme une période nettement délimitée d’élévation de l’humeur ou d’humeur expansive ou irritable ou d’une augmentation de l’activité ou de l’énergie orientée vers un but. Cette période doit durer au moins une semaine, être présente tout le long de la journée presque tous les jours ou moins si une hospitalisation est nécessaire.
Au moins 3 des symptômes suivants :
- Augmentation de l’estime de soi ou idées de grandeur,
- Réduction du besoin de sommeil (se sentir reposé après seulement 3 heures de sommeil),
- Plus grande communicabilité que l’habitude ou le désir de parler constamment,
- Fuite des idées ou sensations subjectives que les pensées défilent,
- Distractibilité (l’attention est trop facilement attirée par des stimuli extérieurs sans importance ou insignifiants),
- Augmentation de l’activité orientée vers un but (social, professionnel, scolaire ou sexuel) ou agitation psychomotrice,
- Engagement excessif dans les activités agréables mais à potentiel élevé de conséquences dommageables,
- Les symptômes ne répondent pas aux critères d’un épisode mixte.
La perturbation de l’humeur est suffisamment sévère pour entraîner une altération marquée du fonctionnement professionnel, des activités sociales, ou des relations interpersonnelles.
Critères diagnostiques d’un épisode hypomaniaque
Un épisode hypomaniaque est défini comme une période nettement délimitée d’élévation de l’humeur ou d’humeur expansive ou irritable et d’une augmentation persistante de l’activité ou de l’énergie. Cette période doit durer au moins 4 jours consécutifs et être présente toute la journée, presque tous les jours.
Durant la période de trouble de l’humeur et d’augmentation de l’énergie et de l’activité, au moins 3 des symptômes énumérés pour l’épisode maniaque ont persisté. Ils constituent un changement notable du comportement habituel (4 symptômes si l’humeur est seulement irritable) et ont été présents à un degré significatif.
La perturbation de l’humeur n’est pas assez sévère pour entraîner une altération marquée du fonctionnement professionnel, des activités sociales, des relations interpersonnelles, ou encore pour nécessiter l’hospitalisation. S’il existe des caractéristiques psychotiques l’épisode est par définition considéré comme maniaque.
Les symptômes ne sont pas dus aux effets physiologiques directs d’une substance (donnant lieu à un abus, médicament).
La dépression dans le trouble bipolaire ≠ Episode Dépressif Caractérisé
Il existe plusieurs différences entre la dépression bipolaire et l’EDC :
- L’âge du début de la dépression bipolaire est plus précoce que dans l’EDC (adolescence, début de l’âge adulte notamment),
- La fréquence des épisodes est plus importante dans la dépression bipolaire,
- Le début et la fin des épisodes sont plus aigus. La durée des épisodes est plus courte que celle des dépressions unipolaires (EDC),
- La symptomatologie dépressive dans le trouble bipolaire présente plusieurs particularités : symptômes psychotiques, altération du rythme circadien avec inhibition psychomotrice majeure le matin et atténuation en fin de journée, symptômes de dépression atypique (hypersomnie, hyperphagie, inhibition psychomotrice). Le ralentissement psychomoteur et la perte du plaisir sont au centre de la symptomatologie.
- Les troubles bipolaires peuvent s’accompagner de troubles de la personnalité et de troubles du post-partum. Cela s’observe moins dans le trouble unipolaire dans lequel on identifie de manière récurrente de l’anxiété et des plaintes somatiques (Gay & Colombani, 2013).
Qu’est-ce que la TIPARS ?
La TIPARS (Psychothérapie Interpersonnelle et Aménagament des Rythmes Sociaux) ou IPSRT en anglais est une psychothérapie interpersonnelle adaptée aux particularités du trouble bipolaire. Elle a été développée progressivement, à partir de 1994, par Ellen Franck et elle donne une grande importance aux rythmes sociaux. Avant de rentrer dans le détail des preuves d’efficacité de la TIPARS sur le trouble bipolaire, il est nécessaire de justifier la nécessité d’une thérapie complémentaire dans les troubles bipolaires.
Elle est nécessaire en raison de :
- L’altération des rythmes biologiques plus importante chez les personnes souffrant de troubles bipolaires par rapport aux autres,
- L’importance des synchronisateurs et des désynchronisateurs dans le trouble bipolaire,
- L’impact des événements interpersonnels des rythmes sociaux dans le déclenchement d’un épisode thymique.
Rythme biologique, synchronisateur, désynchronisateur… De quoi parle-t-on ?
La chronobiologie ou la science de l’étude des rythmes biologiques montrent que de nombreuses fonctions de l’organisme comme le système veille/sommeil, la température corporelle, la pression artérielle, la production d’hormones, la fréquence cardiaque, mais aussi les capacités cognitives, l’humeur ou encore la mémoire sont régulés par le rythme circadien (de circa : « proche de » et diem : « un jour »), un cycle d’une durée de 24 heures. Cette rythmicité « cale » donc nos fonctions biologiques sur 24 heures : « Grâce à l’horloge circadienne, la sécrétion de mélatonine débute en fin de journée, le sommeil est profond durant la nuit, la température corporelle est plus basse le matin très tôt et plus élevée pendant la journée, les contractions intestinales diminuent la nuit, l’éveil est maximal du milieu de matinée jusqu’en fin d’après-midi, la mémoire se consolide pendant le sommeil nocturne… Ce rythme circadien est endogène, c’est-à-dire qu’il est généré par l’organisme lui-même » (INSERM, 2017).
Ces rythmes sont régulés par une horloge biologique subissant l’influence de synchronisateurs environnementaux. Le cycle lumière/nuit est le synchronisateur principal et à un moindre degré, l’activité locomotrice (exercice physique), la température ambiance, la prise alimentaire, les relations interpersonnelles et les rythmes sociaux peuvent influencer ces rythmes biologiques. Ces facteurs externes environnementaux sont appelés « zeitgebers sociaux » ou « donneurs de temps ». Concrètement, leurs interactions avec l’horloge biologique permettent l’adaptation au saison et au fuseau horaire lors des voyages transméridiens. Ces synchronisateurs représentent une sorte de cadre temporel sur lequel se « calent » les rythmes biologiques.
Chez les mammifères, cette horloge se situe dans le cerveau.
L’horloge biologique peut être confrontée à des désynchronisateurs comme les vols transméridiens, le travail posté, l’anesthésie générale, les conflits familiaux, les événements de vie, certains psychotropes et certains stupéfiants. Ces changements peuvent imposer un stress physique important pour l’organisme qui tente de maintenir la synchronisation des rythmes veille-sommeil, de l’appétit, de l’énergie et de la vigilance. Cela n’est pas anodin puisque ces perturbations peuvent favoriser l’apparition de troubles thymiques (de l’humeur) comme l’EDC, le trouble bipolaire, les troubles du sommeil etc. Dans le même temps, les personnes atteintes de troubles de l’humeur sont aussi plus sensibles aux situations stressantes par rapport aux autres (stress environnemental comme les conflits par exemple) et les événements extérieurs sont un risque majeur de perturbation des rythmes sociaux (Gay & Colombani, 2013).
La TIPARS, une psychothérapie interpersonnelle adaptée aux troubles bipolaires
Les personnes souffrant de troubles bipolaires (et de troubles de l’humeur de manière générale) sont plus sensibles aux désynchronisateurs par rapport aux autres. Ils peuvent être dans une situation d’isolement et ne pas bénéficier de la régularité des rythmes de vie induites par les obligations familiales (Gay & Colombani, 2013). Les rythmes de vie sont donc instables du fait du trouble de l’humeur : excès, recherche de sensations, instabilité de l’humeur, impulsivité et désinhibition, troubles du sommeil (insomnie, hypersomnie, réveils nocturnes etc.).
La TIPARS ajoute aux éléments de la psychothérapie interpersonnelle classique et un travail sur les rythmes sociaux :
- Son versant comportemental s’axe sur la coordination et la stabilisation de comportements routiniers (sommeil, alimentation, exercice physique, etc.). L’objectif du psychothérapeute interpersonnel est de « coller au rythme circadien » (Neveux, 2021), c’est-à-dire d’amener le patient à prendre en compte cette nécessité physiologique afin de moduler sa vie, ses relations interpersonnelles et ses activités en fonction d’elle. En terme TIP, cela revient à travailler la disponibilité du patient à satisfaire son besoin physiologique et à poser des règles de vie permettant d’établir un meilleur rythme circadien (Neveux, 2021),
- Travailler sur les synchronisateurs sociaux essentiels dans la régulation du rythme circadien (conflits, deuils, isolement social qualitatif et quantitatif).
Autrement dit, la TIPARS vise plusieurs objectifs :
- Traitement des épisodes et prévention des rechutes maniaques ou dépressives,
- Observer le traitement médicamenteux,
- Améliorer la gestion des événements interpersonnels souvent déclencheurs d’épisodes thymiques,
- Améliorer l’hygiène de vie et aménager les rythmes sociaux,
- Accepter une condition médicale au long cours (transition de rôle).
Preuves d’efficacité de la TIPARS sur la bipolarité
La TIPARS a montré son efficacité sur les troubles bipolaires :
- Elle est efficace comme adjuvant aux médicaments pour des patients souffrant de troubles bipolaires de type 1 et même pour le type 2 (Swartz, Levenson & Frank, 2012).
- Steardo et al. (2020) ont testé l’efficacité de la TIPARS sur un groupe de patients recrutés au « Mood Disorder Unit of the University of Campania Luigi Vanvitelli ». Pour ce faire, ils ont assigné aléatoirement ces patients soit au groupe expérimental recevant la TIPARS soit au groupe contrôle recevant « le traitement habituel ». La sévérité de la symptomatologie du trouble bipolaire a été évaluée à 3 et 6 mois après le début des deux types d’intervention. Par rapport aux personnes issues du groupe contrôle, les patients du groupe expérimental ont signalé une amélioration significative de la symptomatologie dépressive et maniaque anxieuse, du fonctionnement global et de la réponse aux stabilisateurs de l’humeur. La TIPARS a donc été confirmée pour être efficace dans l’amélioration de la symptomatologie clinique des patients souffrant de troubles bipolaires. D’autres études avec un suivi plus long sont nécessaires pour évaluer la stabilité des résultats.
- L’étude de Crowe et al. (2020) montre qu’une combinaison de TIPARS et de gestion des médicaments sur 18 mois n’améliorait pas significativement la rechute de l’humeur, mais améliorait le fonctionnement du patient (activités sociales et de loisirs, comportement parental et interpersonnel, conflits).
- Alam et al. (2022) ont conduit une étude évaluant l’efficacité de la TIPARS sur les troubles du sommeil et sur l’adaptation ou ajustement psychologique des patients souffrant de troubles bipolaires. 50 patients bipolaires, âgés de 31 à 40 ans, ont été recrutés. Après la mise en place de la TIPARS, l’ajustement psychologique de ces patients a été amélioré. Il désigne la qualité des liens familiaux et le fonctionnement pychosocial dans le sens où les dysfonctionnements familiaux sont associés avec une moins bonne performance psychosociale (Alam et al, 2022). L’étude montre aussi une baisse des troubles du sommeil. La limite principale de cette étude est l’absence de groupe contrôle. Comme l’indiquent les auteurs, il s’agit d’un plan « quasi-expérimental ».
Bibliographie
- Alam, F., El Fiky, E., & El-Amrosy, S. (2022). Efficacy of Interpersonal and Social Rhythm Therapy on Sleep Disorders and Psychological Adjustment among Patients with Bipolar Disorder. Tanta Scientific Nursing Journal, 27(4), 159-173.
- Crowe, M., Porter, R., Inder, M., Carlyle, D., Luty, S., Lacey, C., & Frampton, C. (2020). Clinical Effectiveness Trial of Adjunctive Interpersonal and Social Rhythm Therapy for Patients With Bipolar Disorder. American journal of psychotherapy, 73(3), 107–114.
- Gay, C., & Combani, M. (2013). Manuel de psychoéducation troubles bipolaires. Dunod.
- Neveux, N. (2021). Pratiquer la TIP – Thérapie Interpersonnelle – 2e édition. Dunod.
- Steardo, L., Jr, Luciano, M., Sampogna, G., Zinno, F., Saviano, P., Staltari, F., Segura Garcia, C., De Fazio, P., & Fiorillo, A. (2020). Efficacy of the interpersonal and social rhythm therapy (IPSRT) in patients with bipolar disorder: results from a real-world, controlled trial. Annals of general psychiatry, 19, 15.
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